LE ROMAN POLICIER PAR MAGDALEN NAAB

C'était ma découverte 2008. Fans de polars, je vous invite à découvrir Magdalen Naab. Morte en 2007, la romancière britannique a laissé une dizaine de romans policiers qui ont pour point commun leur héros, le brigadier Guanarccia (ce qui correspondrait chez nous à officier de gendarmerie), et le lieu de l’action : Florence, en Italie. 

On est loin des thriller qui mettent en scène un criminel sans retenues, la violence inouïe de ses crimes, et dont on cherche à suivre les complications sans fin de la rationalité. Dans ce dernier genre de roman où on trouve des écrivains comme Connelly, Mankell, etc., le monde décrit est peuplé de prédateurs. Les rebondissements sont forts ; l’intrigue tient en haleine. Le travail d’enquête y est un véritable chemin de Croix.
Rien de tel chez Naab. Petits romans (250 pages). Peu d’effets. Traduction froide et désabusée de la médiocrité humaine : un homicide sera ici le résultat de calculs pitoyables, dans tel autre l’aboutissement accidentel de combinaisons hasardeuses. A la dernière page, la balance de la justice trouve rarement son équilibre ; la résolution de l’intrigue par Guarnaccia, si totale soit-elle, n’est jamais satisfaisante en soi. Dans Un témoin honorable, par exemple, qui est pour moi son roman le plus touchant, le coupable est pris dans un nœud de contradictions, entre exigences du cœur, obligations sociales et interdits culturels. Pris au piège, il ne trouvera de libération que dans le meurtre.
Guarnaccia est un anti-héros touchant : sa grosse masse et son esprit lent qui pénètre dans les différents groupes sociaux de Florence pour comprendre leur fonctionnement, mener un travail de proximité, établir une intimité avec un monde qui l’amène parfois à réviser ses préjugés. C’est simple, certains diront sans relief. Mais dans un genre littéraire où les psychopathes rivalisent de monstruosité, Naab apporte un autre ton, plus tendre, un regard réaliste et social.

JOURNEE SUR LA VIOLENCE CONTRE LES FEMMES


Séverine Bourguignon expose un très bel ensemble intitulé DOLORÈS à la mairie du XVIII eme de Paris. L'assemblage illustrera les violences conjugales. Un beau choc visuel pour une belle cause.

C'est aussi le premier événement artistique organisé par GRANDIOZE, l'association dont j'ai le plaisir d'être président.


A partir du 25 novembre, date du vernissage. C'est gratuit, n'hésitez pas.

LE RUBAN BLANC



C'était ma sortie du samedi soir.
Le Ruban blanc est un grand et beau film. Par l’image déjà. La photo y est magnifique et lumineuse. Elle accentue le décalage entre le paysage bucolique et le malaise suscité par l’intrigue. Et par la finesse, l'ambiguïté même, du sujet.
Un petit village, son église, son instituteur, son hobereau et ses ouvriers agricoles. Un ordre moral marqué par la toute puissance paternelle qui tombe comme un chape de plomb sur les enfants, toujours pris en faute, sans échappatoire aucun.
Et une série de violences inexpliquées…
Dans cette société du début du XXème, la violence physique est érigée en mode d'éducation, en moyen de sanction morale et de soumission. On a la voit exercée de façon abusive jusqu'à l'absurdité par l'indiscutable autorité paternelle.
Et c’est là qu'est le paradoxe : organisés en groupe, les enfants sont a la fois en rébellion contre le monde des adultes, et en même temps le plus fervent véhicule de leur système de valeurs. Un système où la quête de la pureté est centrale et qui me rappelle Michel Tournier dans Le Roi des Aulnes :
La pureté est horreur de la vie, haine de l'homme, passion morbide du néant. Un corps chimiquement pur a subi un traitement barbare pour parvenir à cet état absolument contre nature. L'homme chevauché par le démon de la pureté sème la ruine et la mort autour de lui. Purification religieuse, épuration politique, sauvegarde de la pureté de la race, nombreuses sont les variations sur ce thème atroce, mais toutes débouchent avec monotonie sur des crimes sans nombre dont l'instrument privilégié est le feu, symbole de pureté et symbole de l'e

CATHERINE M


On avait beaucoup écrit sur ce récit paru en 2002 que je viens de terminer. Rien à voir avec les confessions érotiques qui sortent à la pelle depuis 4 ou 5 ans. Il s’agit d’un essai sur les pratiques sexuelles de l’auteur, sur la mécanique de son corps, de réflexions sur le sens à donner à son plaisir. C’est cru ; on y va franchement. Une écriture appliquée et précise. Rien d’érotique dans la mesure le style n’est pas employé à susciter le désir chez le lecteur, mais à cerner des phénomènes du corps. C’est souvent intéressant, parfois hallucinant car cette femme est allée très loin. On rentre dans un univers peu décrit, celui du milieu partouzard et échangiste parisien des années 70-80 - un lecteur comme moi regrettera d’ailleurs que cet univers ne soit pas remis dans son contexte social et politique.
Récit de femme, il faut cependant faire la part des choses et distinguer entre ce qui relève de la sexualité propre de Catherine Millet et ce qui peut nous en apprendre sur le sexe féminin – Catherine M a une libido et une capacité physique au plaisir sexuel qui n’est pas le fait de tout individu. Elle aussi peu de surmoi, guère de pudeur, pas censure de la nudité ou de l’acte sexuel. La sexualité prend d’ailleurs une place centrale dans l’organisation de sa vie au quotidien.
En revanche, le livre a le mérite d’ouvrir des portes sur le fantasme féminin. Goût pour la chosification, conception brute de la masculinité, déconnection totale entre le désir physique et l’intimité affective avec un homme.
Je refermais le livre quelque peu perplexe...

MARKETING TERRITORIAL

Intéressant de se plonger dans cette nouvelle utilisation du marketing au profit des collectivités locales. Mairies, agglomérations, communautés de communes se dotent depuis quelques années de spécialistes chargés de valoriser leur potentiel économique, les services apportés aux citoyens. Au-delà de la simple promotion, ces nouvelles pratiques se situent au cœur d’une réflexion de fonds. Quelle sera la ville de demain ? quel sera son rôle ? quelles fonctions doit elle remplir ? comment tracer un nouveau lien avec les habitants ? il s’agit de valoriser les services publics, porteurs de sens, forts de symboles et d’émotions.

En pointe de ces nouvelles thématiques, certainement la ville de Lyon, celle de Nantes également. Le portail communautaire de Toulouse a beaucoup fait parler de lui. Tout comme la campagne de la ville de Cholet pour promouvoir initiatives économiques et ses services. Pour ceux que cela intéresse, allez faire un tour sur brandingthecity, le blog de Boris Maynadier.  

SPÉCIALE DÉDICACE


Pour Laurence. Une petite perle : The Little people et son album Mickey Mouse Operation passé totalement inaperçu à sa sortie en 2006. A qui pourrait-on rapprocher leur style ? Kruder & Dormeister, Daft Punk par moments, et Telepopmusik. Peu d’infos sur le groupe. Anglais, américain ou suisse ? Ils ne sont même pas répertoriés dans le catalogue de leur maison de production Illicit Recordings qui d’ailleurs n’est guère bavarde sur elle-même.

Et puis bientôt le prochain album de Massive Attack (janvier prochain). Le groupe vient de sortir un mini LP, Splitting the Atom, qui donne un avant goût du futur opus. Sublimement glacial. Ca promet.



Enfin sur les conseils de David : LCD Sound System et dans un style totalement différent, The Heavy, que j’ai tout de suite adoptés.


BARRY GIFFORD, AMERICAN FALLS



Un des grands intérêts de la culture des Etats-Unis, c’est la puissance de ses contre modèles et la façon dont ils sont exploités par la scène indépendante, celle qui évolue en dehors des grands canaux commerciaux. Il y a parfois rencontre entre les deux. Comme dans le cas de Barry Gifford, que vous connaissez : Sailor and Lula, Lost Highway, tous deux mis à l’écran par David Lynch.

American Falls, paru a la rentrée chez 13e Note Edition, compose une ensemble de nouvelles. Brèves anecdotes racontées par un narrateur détaché de son sujet. Aucune empathie ou rejet des personnages. L’objectivité froide. Plus long que les autres textes du recueil, Les Solitaires et les paumés est un récit noir, savamment construit autour de trois, quatre personnages, et peignant un univers très cohérent. On comprend l’attrait de Lynch pour cet auteur dont la lecture fait miroir aux courts-métrages du projet Interview que je citais plus haut.

Plusieurs nouvelles dépassent le cadre des Etats-Unis en nous emmenant en Tunisie (Le Carnet tunisien raconte le voyage d’études qu’y effectuèrent Macke, Klee et Moilliet), en Egypte (Le Palais jaune retrace les dernières années du roi Farouk) ; d’autres en Italie, etc.

Resterait à dire un mot des 13e Note Editions, apparemment spécialisée dans littérature contemporaine américaine, et dont le catalogue, bien que mince, excite ma curiosité. 

THE COLBERT NATION


Pour nos canadiennes du mois de septembre.
Etant un gros fan au même titre que The Daily show, je ne résiste pas au plaisir de vous renvoyer à une pétition qui demande votre signature. Une grande cause.


MAYO JAUNE

Et puis pour le plaisir. Défendons la bonne mayonnaise contre Miracle Whip. Toujours de Steeve Colbert sur ce lien ici: No to miracle whip

LE GACHIS DE DEXTER



Ah que de promesses ! que l’idée de départ était bonne. Que les premiers épisodes de la première saison étaient saisissants. Un héros, tueur en série la nuit et gendre parfait le jour. Visage lisse, sourire d’ange. Et serviable avec ca. Il y avait tant de ressorts comiques et tragiques derrière la dualité du personnage, Dexter Gordon. Et voila que très vite les scénaristes nous embarquent dans une quête d’entité juvénile. J’aimais beaucoup les premiers épisodes quand Dexter découpait les vilains en morceaux sans se poser de questions et ensuite retournait tondre le gazon de sa voisine âgée.  Mais non Dexter est pris de doutes et de questionnements. On attend plus de fermeté de caractère d’un serial killer, nom de Dieu. J’ai abandonné au milieu de la troisième saison…

DEXTER, série américaine avec Michael C. Hall (Six feet under)
2009, tournage de la saison 4.

ANDREA ARNOLD - RED ROAD ET FISH TANK



A voir absolument ! Andrea Arnold n’a que deux longs métrages à son actif : Red Road et Fish tank. Le dernier  était sélectionné au festival de Cannes ; il est sorti à la rentrée. AA vient du court-métrage ; ca se voit : Red Road est un film très monté (agencement de prise de vue : l’héroïne contrôle un tableau de caméra de surveillance place dans une banlieue de Glasgow). En toile de fond, la précarité, la dissolution des familles, le chômage et la drogue. Ce n’est pas rose, mais sans misérabilisme ou recherche de pathos ; les coupables ont une chance de rémission, les victimes savent pardonner… Fish Tank est peut-être un peu plus sombre, les personnages y sont plus seuls… mais tous sont attachants, dans leurs défauts et leur fragilité. L'actrice principale, Katie Jarvis, a juste ce qu’il faut de dureté et de vulnérabilité. Allez faire un tour sur http://www.fishtankmovie.com/ Humaniste, digne héritière de Ken Loach, mais sans moral ni idéologie, Andrea Arnold marque le renouveau du cinéma social anglais. J’attends impatiemment son troisième film.

COMPOSITION CHIMIQUE

"Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres"
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