Une petite perle ! Certes, le son n’est pas bon, ça sature, c’est parfois surexposé, parfois sous-ex. C’est filmé avec les moyens du bord, vous l’aurez compris, et le parti-pris de la caméra à l’épaule est loin de limer les imperfections. Et pourtant que de talent et de maîtrise dans ce petit film de rien du tout ! D’abord, le lieu de l’histoire : les bidonvilles du Sud-Est asiatique, Manille en l’occurrence, l’échafaudage malhabile de maisons en matériaux de récup, des quartiers qui malgré la pauvreté et l’insalubrité, vivent une vie heureuse et fragile. Peu vu au cinéma, peu montré de l’intérieur surtout, et c’est bien de l’intérieur d’une famille, sa mère, Thelma, et le petit dernier, John John qui donne son nom au film et qui est l’objet de toutes les attentions, que Mendoza se place, la caméra se trouvant avec tout le monde dans une salle qui tient lieu de salon, à table pour le repas, etc. Une proximité forte avec ses personnages, comme si le caméraman était un membre à part entière de leur vie quotidienne.Ensuite le sujet du film, révélé petit à petit au spectateur qui se demande pendant bien une demi-heure où le réalisateur veut l’emmener. Le récit se concentre très vite sur Thelma et John-John. Cette mère, sa tendresse un peu brutale et ce petit garçon de trois ans, métis, que l’on comprend avoir été abandonnée, et dont Thelma est la mère d’adoption. On découvre une institution de placements et on comprend enfin que l’héroïne n’est qu’une mère temporaire. Arrive l’épilogue : la remise de l’enfant à sa famille définitive, riches Américains, dans un luxueux hôtel de Manille. Bien sûr on aura droit a la confrontation entre deux mondes ; les riches blancs et Thelma, femme simple issue des bidonvilles, qui courbe l’échine et se révèle d’une politesse servile.
On ressort du film et on est capable de reconstituer une réalité jusque là inconnue : de nombreux enfants sont abandonnés aux Philippine, des institutions caritatives les prennent en charge et emploient des familles d’accueil pour les élever avant que des familles, souvent de riches occidentaux, n’adoptent définitivement l’enfant. Trafic d’enfants, action charitable ? Aucune prise de position. La caméra reste objective et neutre, ne fait que poser une réalité. On suppose que ce travail d’investigation est rare aux Philippines. L’intérêt du film n’en est que plus grand.
*** Son dernier film, Kinatay, sur l’implication d’une police corrompue dans le commerce du kidnapping, a l’air bien plus dérangeant.
