CANINE DE YORGOS LANTHIMOS

« Famille je vous hais », disait Gide. Yorgos Lanthinos a lui aussi de toute évidence des comptes à régler. Quel film étrange - plusieurs personnes sont sorties avant la fin de la projection. Son esprit est à n’en pas douter contraire aux bonnes mœurs ! Et j’ai adoré. Avec la complicité de sa femme, un père tout puissant coupe ses trois enfants déjà adultes du reste du monde. Interdits de sortir de la propriété, le garçon et les deux filles se soumettent à une série de jeux initiatiques absurdes dont le seul but est de les protéger. Les protéger de tout. Le vocabulaire est détourné de son sens premier, leur voilant la réalité du monde moderne ; pas d’amis, pas de relations sociales. Rien ne pénètre qui ne soit filtré et détourné de sons sens par papa. On invente des menaces qui maintiennent les trois enfants dans une sorte d’état d’innocence et d’infantilité artificiel. Pas de temporalité, un jeu distancié, les acteurs investissent le moins possible leurs personnages. Le film évolue peu et se succèdent une série de scénettes. C’est un peu fascinant. La mascarade malheureusement ne peut mener qu’à l’impasse et à la rébellion sourde. Il y a quelque chose de beau dans cet imaginaire mis en place par ce père dont les motivations seraient de se maintenir dans un état de paternité permanente, toujours chéri, toujours aimé et obéi par ses enfants. Mais cet univers ressemble une version ludique et poétique du totalitarisme. Autorité fasciste, mensonge comme principe d’éducation, métaphore très politique de la responsabilité de l’Etat sur le bonheur et la sécurité de ses citoyens ( ?). Il y a de quoi cogiter.




COMPOSITION CHIMIQUE

"Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres"
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